JULIEN - Suite

V. LA NATURE

La véritable philosophie des Anciens, d'ailleurs, est naturelle et ne s'enseigne pas dans les écoles et les sectes. Elle est communiquée par Dieu :

"Cette philosophie semble être en quelque sorte commune et très naturelle, et n'exiger aucune étude quelle qu'elle soit. Il suffit de choisir ce qui est bon, en désirant la vertu et en fuyant le vice, et on n'a pas besoin de feuilleter d'innombrables livres. Car l'érudition, dit-on, n'enseigne pas le sens. Il n'est pas non plus nécessaire de subir l'une de ces choses que subissent ceux qui font partie des autres sectes, mais il suffit d'entendre le dieu Pythien donner ces deux conseils : "Connais-toi toi-même ", et : "Fausse la monnaie courante" (16). Il me paraît donc que l'initiateur de la philosophie, celui qui, à mon avis, s'est révélé aux Grecs comme l'auteur de tous les biens, est le guide commun de la Grèce, son législateur et son roi, je veux dire le dieu de Delphes." (Discours, VI, 187d-188a)

"C'est par la nature que les hommes sont intimes avec la vérité." (Discours, VI, 197a)

Voilà toute la différence entre un vrai philosophe et un "penseur" !

"Les Anciens me semblent l'avoir compris, parce qu'ils se servaient de la sagacité de la nature ; contrairement à nous, ils ne possédaient pas l'intelligence comme une chose acquise ; ils étaient philosophes, non de manière factice, mais par croissance naturelle." (Discours, II, 82a-b)

Qu'on ne se méprenne pas, cependant, sur le sens d'une philosophie "naturelle". Comprise vulgairement, elle ne prônerait qu'une vie animale sans espoir :

"La philosophie des Cyniques, comme d'ailleurs toute philosophie, a pour but et pour fin le bonheur. Le bonheur se trouve dans une vie en accord avec la nature. Mais ne suivez pas en cela l'opinion de la foule ! Il arrive aux plantes et aussi à tous les animaux d'être bien portants quand ils atteignent chacun, sans se heurter à un obstacle, la fin qui est en accord avec la nature. Dans le cas des dieux également, c'est là le terme du bonheur : être tels qu'ils sont naturellement et dépendre de soi-même. Par conséquent, les hommes n'ont pas non plus, quant à eux, à chercher quelque part ailleurs le bonheur qui se cache. L'aigle, le platane ou tout autre être existant, animal ou plante, ne se soucie pas d'avoir des ailes ou des feuilles en or, ni de la manière d'acquérir des bourgeons en argent, des aiguillons ou des dards en fer, ou plutôt en diamant. Si ce dont la nature les a pourvus dés le commencement leur donne de la force et leur sert à être rapides ou à se défendre, on peut à coup sûr les croire bien portants et florissants. Dès lors, ne serait-il pas ridicule que l'être humain cherche le bonheur quelque part à l'extérieur et qu'il pense que richesse, naissance, puissance des amis et tout ce genre de choses signifient tout ? Par contre, si la nature nous a seulement donné la même chose qu'aux animaux, je veux dire un corps et une âme comparables aux leurs, de sorte que nous n'ayons plus rien à chercher, alors il nous suffit de faire comme les autres animaux, de nous contenter des avantages de notre corps en y cherchant quelque part notre bonheur. Mais il se fait qu'une âme a été semée en nous, qui n'est en rien comparable à celle des autres animaux. Soit son essence est différente, soit elle ne l'est pas, mais c'est seulement son activité qui est supérieure, à la manière sans doute dont l'or pur est supérieur à l'or mêlé au sable, - car certains disent que cette parole à propos de l'âme est vraie. Nous sommes donc conscients d'être plus intelligents que les animaux. Selon le mythe de Protagoras, en effet, la nature, telle une mère, s'est comportée envers eux de manière très généreuse et libérale. Quant à nous, il nous a été donné, pour tenir lieu de tout, l'intellect qui vient de Zeus. C'est là qu'il faut situer le bonheur : dans ce qu'il y a en nous de meilleur et de plus précieux." (Discours, VI, 193d-194d)

La nature pousse l'homme à rechercher la vérité, mais Dieu seul la lui accorde :

"Les oiseaux volent, les poissons nagent, les biches courent, parce que c'est leur nature, et ils n'ont aucun besoin de l'apprendre. Même si on les attache pour les en empêcher, ces animaux tenteront cependant de se servir des membres qui, ils en sont conscients, correspondent à leur nature. Il en est de même, à mon avis, pour la race humaine. Elle tient l'âme, pour ainsi dire, enfermée en elle. Avec cette âme, qui n'est rien d'autre que raison et science, ou selon les dires des sages une puissance, elle se consacre à l'apprentissage, à la recherche, à l'étude, comme à l'oeuvre qui lui est le plus propre. L'homme dont un dieu bienveillant se hâte de dénouer les liens et dont il change la puissance en acte, acquiert aussitôt la science. Quant à ceux qui restent attachés..., ils se consument en opinions. Car l'opinion fait naître chez eux ces espèces d'idoles et d'ombres venteuses et monstrueuses de la vraie science. Ceux-là pratiquent, enseignent avec beaucoup d'ardeur et étudient, au lieu de la science de la vérité, tout ce qui est mensonger, comme s'il s'agissait sans doute de quelque chose d'utile et d'admirable." (Discours, VII, 206a-c)

La nature se cache dans les mythes, qui la communiquent à l'homme :

"La nature aime se cacher. Elle ne souffre pas que ce qui est caché de l'essence des dieux soit précipité, au moyen de paroles à découvert, dans des oreilles impures. Mais parmi les empreintes que laisse la nature secrète - car elle ne guérit pas seulement les âmes, mais aussi les corps, et elle crée la présence des dieux ! - il en est une dont elle fait bénéficier l'homme tout en restant inconnue. Elle se produit souvent, à mon avis, au moyen des mythes : la nature se laisse couler dans les oreilles de la foule qui sont incapables de recevoir purement ce qui est divin, et cela au moyen d'énigmes et de mythes représentés sur scène." (Discours, VII, 216c-d)

Mais les mythes semblent surtout destinés à ceux en qui la nature a déjà commencé à se révéler :

"S'il me faut absolument dire quelque chose en faveur de ceux qui, les premiers, façonnèrent les mythes, je pense qu'ils le firent pour les âmes des petits enfants. On peut les comparer aux nourrices qui attachent des lanières de cuir aux mains des enfants irrités par la croissance des dents, pour les consoler dans leur douleur. Les mythologues agissent de la même manière avec la petite âme dont la nature fait croître les ailes, qui désire en savoir plus mais qui n'est pas encore capable de recevoir la véritable instruction : ils lui amènent ces mythes comme par un canal et l'arrosent comme un champ assoiffé, afin de la consoler dans son irritation et sa douleur." (Discours, VI, 206c-d)

"Il ne reste donc plus qu'à faire, ce que tu as toi-même entre- pris : faire du bien à tous et imiter la divine nature qui est dans l'homme." (Discours, I, 48a)

VI. LE CORPS

La philosophie antique n'est pas une mystique. Son enseignement va plus loin que la séparation de l'âme d'avec le corps, et son fondement est bien corporel :

"Pour ma part, j'envie surtout l'heureux sort de celui à qui Dieu a accordé et qui a reçu un corps coagulé à partir d'une semence sainte et prophétique, afin d'ouvrir les trésors de la sagesse." (Discours, IV, 131b)

Voici un enseignement précieux sur le salut du corps :

"Il est assurément plus efficace pour le salut de l'âme de faire plus de cas d'elle-même que de la sécurité du corps. Cependant, le corps à son tour semble participer secrètement à un profit qui est plus important et plus admirable. Supposons que l'âme se donne entièrement aux dieux, qu'elle confie tout ce qui la concerne à ces êtres supérieurs ; et supposons que la purification y fait suite, précédée des rites divins, et qu'il n'y ait plus aucun obstacle ni aucune entrave, tout étant dans la main des dieux, tout dépendant d'eux, et tout étant rempli des dieux. Eh bien ! aussitôt la lumière divine illumine ces âmes. Ainsi divinisées, elles communiquent une certaine tension et une certaine force au souffle auquel elles sont naturellement unies. Ce souffle, qu'elles ont en quelque sorte débouché et fortifié, devient cause de salut pour le corps tout entier. C'est que toutes les maladies, sinon la plupart d'entre elles et les plus graves, sont la conséquence d'un changement et d'un dérangement du souffle. Aucun des disciples d'Asclépios, à mon avis, ne le niera. Les uns disent en effet que toutes les maladies, et les autres, que la plupart d'entre elles, les plus graves et les plus pénibles, ont été effectivement guéries. Les oracles des dieux en témoignent à leur tour, c'est-à-dire qu'au moyen de la purification non seulement l'âme, mais les corps aussi méritent un secours et un salut fréquents. Car les dieux, pour les encourager, annoncent à ceux des théurges qui sont plus que saints, que leur enveloppe mortelle d'amère matière est sauvée." (Discours, V, 178a-d)

Imiter les dieux, cela implique l'entretien d'un corps divin. C'est ce qui apparaît dans un dialogue curieux entre le divin Silène et l'Empereur Marc-Auréle, interrogé sur sa vie dans le bas-monde :

"- Pourquoi donc, dit-il, ne mangeais-tu pas de l'ambroisie et ne buvais-tu pas du nectar comme nous, mais du pain et du vin ?

- Pour moi, répondit-il, je ne prenais pas des aliments et des boissons de manière à croire que j'imitais les dieux. Je nourrissais mon corps, peut-être de manière trompeuse, mais dans la conviction que vos corps ont, eux aussi, besoin d'une nourriture issue des vapeurs. Toutefois, ce n'est pas en cela qu'à mon avis, il fallait vous imiter, mais plutôt selon sa signification.

Pendant quelque temps, Silène sembla frappé comme par un habile pugiliste. Puis il dit :

- Peut-être n'est-ce pas absurde, ce que tu viens de dire là." (Césars, 333c-334a)

Ce qu'énonce Julien sur le corps d'Héraclès ressemble à un véritable Credo païen :

"Voici ce que moi, j'ai entendu beaucoup de gens dire à propos de Dionysos : que c'est un homme, puisqu'il est né de Sémélé, et un dieu à cause de sa théurgie et de ses mystères initiatiques, et que comme le maître Héraclès, il a été élevé par son père Zeus vers l'Olympe à cause de sa vertu royale. Mais j'ai répondu : - mes chers, vous ne comprenez pas que ce mythe propose manifestement des énigmes. En effet, ou la naissance de Dionysos se fait-elle, ainsi que celle d'Héraclès ? Elle comporte ce qu'il y a de meilleur, de supérieur et d'exceptionnel, et néanmoins elle reste encore à la mesure de la nature humaine et, d'une certaine façon, ressemble à la nôtre.

Ainsi, Héraclès naît, dit-on, petit enfant, et peu à peu son corps divin s'accroît. Selon l'histoire, il fréquente des maîtres, se met, dit-on, en campagne et l'emporte partout. Cependant, son corps souffrirait. Il est pourtant vrai que cela lui soit arrivé, mais à une échelle plus grande que celle de l'homme. Quand il est dans les langes, il étouffe les serpents, il s'oppose aux éléments mêmes de la nature, contre la chaleur et le froid, ensuite à ce qu'il y a de plus difficile et de plus pénible à combattre, je veux dire la faim et la solitude, il y a aussi ce voyage sur mer, je crois, dans une coupe d'or. Je ne pense d'ailleurs pas, moi, que ce fût une coupe, par les dieux ! Je pense qu'il a marché sur la mer comme si c'était la terre sèche, y eut-il une chose qui n'obéit pas à son corps divin et très pur ? Les éléments, ou ce qu'on appelle ainsi, n'étaient-ils pas soumis à la puissance créatrice et efficace de son intellect pur et sans mélange ? Le grand Zeus se servit d'Athéna Providence : il désigna cette déesse, qu'il avait fait sortir tout entière de lui-même tout entier, pour être sa gardienne, et c'est par elle qu'il engendra le sauveur du monde. Puis, il l'a ramené en haut auprès de lui-même, au moyen du feu de sa foudre, après avoir ordonné à son fils, par le signal convenu du rayon de l'éther, de venir le rejoindre. Mais à ce sujet, puisse Héraclès nous être propice, à vous et à moi !" (Discours, VII, 219a-220a)

VII. FAITES A AUTRUI

"Il appartient à un homme bon et magnanime de supporter qu'on dise dû mal de lui, sans dire du mal lui-même. Ce qu'on lance contre un mur solide et bien fait, ne s'y installe pas, ne l'abat pas et n'y pénètre pas, mais rebondit avec bien plus de force vers celui qui le lance. il en est de même pour toute forme de calomnie, de médisance et d'insolence dépourvue de justice. Déversée sur un homme bon, elle ne l'atteint d'aucune façon, mais se retourne contre celui qui la déverse." (Lettres, XXIX)

"Qui est jamais devenu pauvre pour avoir donné à ses prochains ? En ce qui me concerne, il m'est arrivé souvent d'acquérir, de leur part, le multiple de ce que je leur avais abandonné quand ils en avaient besoin, et cela bien que je sois un mauvais homme d'aflfiaires. Jamais, je n'ai regretté ces abandons. Je ne parlerai pas de ma situation actuelle, puisqu'il serait bien absurde de vouloir comparer les frais d'un particulier avec ceux d'un Emperevr. Mais à l'époque où j'étais encore un particulier, la chose m'est souvent arrivée, et j'en suis bien conscient. Bien que d'autres s'en fussent emparé avec violence, j'ai su garder intact l'héritage de ma grand-mère, parce que le peu que j'avais, je le dépensais pour en donner à ceux qui en avaient besoin. " (Lettre à un prêtre, 290c-d)

VIII. SECRET ET DISCRETION

Il existe un culte extérieur, ouvert à tous; il y a un culte intérieur, qui se célèbre à l'écart :

"Quant à Batnae, c'est un nom barbare, mais la région même est grecque, tout d'abord parce que dans tout le pays environnant, les fumées d'encens montaient de partout, et que partout nous voyions des victimes prêtes pour le sacrifice. La chose me réjouissait beaucoup. Néanmoins, elle me paraissait témoigner d'un zèle trop ardent et étranger à la piété envers les dieux. En effet, les choses sacrées et saintes, celles qui se rapportent aux dieux, se trouvent nécessairement en dehors des chemins battus et doivent se faire dans le silence de la solitude, si c'est bien vers ce but qu'on se dirige, et qu'on ne s'achemine pas vers un autre." (Lettres, LVIII, 400c-d)

Les mythes, contrairement à ce qu'en pensent les Modemes, ne sont pas d'origine "populaire". Des hommes instruits y ont caché un enseignement profond :

"Les Anciens recherchaient constamment les causes de tout ce qui est, soit sous la conduite des dieux soit de leurs propres efforts, bien qu'il soit peut-être plus correct de dire qu'ils les cherchaient sous la conduite des dieux. Ensuite, quand ils les avaient trouvées, ils les cachaient dans des mythes remplis de paradoxes. Ainsi, par son caractère paradoxal et absurde, cette fiction, saisie comme un voleur en flagrant délit, devait nous pousser à rechercher la vérité. Il est vrai que pour les hommes ordinaires, l'utilité des seuls symboles, dépourvus de leur explication, suffit sans doute. Mais pour les hommes d'âne intelligence supérieure, la vérité au sujet des dieux ne sera profitable qu'à condition de l'examiner, de la trouver et saisir sous la conduite des dieux. Les énigmes avertissent un tel homme de la nécessité de faire une enquête à leur sujet. Quand grâce à sa recherche il aura trouvé, il passera à l'accomplissement et, pour ainsi dire, au sommet de l'affaire, non en respectant et en se fiant à l'opinion d'autrui, mais plutôt par sa propre énergie en accord avec le sens." (Discours, V, 170a-c)

"Il faut admettre que ce qui a une signification absurde, se fait dans un but utile. Il faut que, sans faire appel à quelque commentaire extérieur, mais plutôt en se laissant instruire par ce qui est dit dans le mythe même, les hommes aient le désir de rechercher et de s'enquérir, sous la conduite des dieux, de ce qui est caché." (Discours, VII, 219a)

Bref, pour celui qui instruit, la discrétion est de mise :

"Il ne faut pas tout dire, et il me semble que même parmi les choses dont il est permis de parler, il vaut mieux en taire certaines devant la foule." (Discours, VII, 239a)

Julien lui-même obéit à cette règle :

"Selon Jamblique, ce qui dans les mythes est absurde, ouvre la voie qui conduit à la vérité. Car plus l'énigme est paradoxale et prodigieuse, plus elle semble témoigner de la nécessité de ne pas se fier à ce qui y est dit, mais de rechercher avec un soin excessif les choses cachées, et de ne pas se lasser avant que, sous la conduite des dieux, elles ne soient devenues évidentes et qu'elles n'aient initié, ou plutôt accompli, le sens en nous. Je veux parler de l'intellect ou de ce que nous avons de meilleur que l'intellect, c'est-à-dire d'une petite partie de l'Un et du Bien même, qui contient indivisiblement tout le complément de l'âme, qui renferme toute l'âme dans l'Un et le Bien au moyen de sa présence supérieure, séparée et exclusive. Mais d'où m'est-il arrivé ce transport bachique qui m'a fait délirer sur le grand Dionysos ? Je mets un boeuf sur ma langue (17). Il ne faut pas parler de ce qui est secret. Puissent plutôt les dieux nous faire profiter de ces choses, moi et le grand nombre d'entre vous qui n'y est pas encore initié !" (Discours, VII, 217c-218a)

"Ceux qui cherchaient à savoir quel dieu était Dionysos, ont arrangé la vérité, comme je l'ai dit, sous forme de mythe. ils y font allusion à l'essence du dieu, à sa conception dans le monde intelli- gible auprès de son père, à sa naissance sans engendrement dans le monde.., et à toutes ces autres choses qu'il vaudrait la peine d'examiner, mais que je ne trouve pas faciles à dire. En effet, peut-être suis-je encore ignorant de ce qu'il en est exactement de ces choses ; peut-être aussi ne suis-je pas disposé à faire comme au théâtre et à profaner le dieu caché et en même temps évident, en le confiant à des oreilles non éprouvées et à des intelligences attentives à tout plutôt qu'à la philosophie." (Discours, VII, 221c-d)

"Devons-nous parler également sur ce sujet ? Ecrirons-nous sur les secrets ? Exprimerons-nous ce qui ne peut être divulgué ni exprimé ?" (Discours, V, 158d)

"Ces lettres sont remplies de beaucoup de fumée et de beaucoup de bavardage, et je me fais moi-même souvent le reproche de les rendre trop longues et d'être trop bavard, alors qu'il m'est possible d'imposer à ma langue la discipline pythagoricienne (18)." (Lettres, XXX)

A. Lynxe

NOTES

  1. L'historien Edward Gibbon demeure perplexe devant ce passage et en donne le commentaire suivant : "Quand l'esprit du fanatisme (?), à la fois si crédule et si artificieux, s'est introduit dans une âme généreuse, il y détruit insensiblement le germe de la vérité et de toutes les vertus." (Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain, traduit de l'anglais par M.F. Guizot, Robert Lafont, Paris, 1983, p. 613). En termes clairs, cela veut dire que Julien est un imposteur, et Gibbon un homme éclairé.

  2. Gibbon, op. cit., p. 613.

  3. Gibbon, op. cit., p. 625.

  4. Gibbon, op. cit., p. 628.

  5. Voir notamment l'éloge de Jamblique dans Discours, IV, 257c-d. Jamblique aurait quitté ce monde vers 325-330 après J.-C. C'est pourquoi, les Modemes regardent les lettres LXXIV - LXXIX adressées par Julien à Jamblique, comme apocryphes. Mais cf. la curieuse conclusion de la lettre LXXIX, et notamment l'application d'un vers homérique au cas de l'illustre philosophe : "Un seul est encore vivant quelque part, retenu dans le grand monde" (Odyssée, IV, 498), à propos d'Ulysse que tous croient mort... ).

  6. Nous avons fait la traduction des extraits sur base de l'édition Loeb, The works of the Emperor Julian, en tois volumes, Londres, 1990.

  7. Le vieux Nestor, cf. Odyssée, III, 174.

  8. Julien joue probablement sur le sens du nom de Socrate : "qui a la force sauve, qui sauve la force".

  9. Penthée fut déchiré par les bacchantes dont il épiait les mystères.

  10. Les adorateurs de Cybéle, la Mère des dieux, avaient coutume de se priver de leur virilité.

  11. Odyssée, IV, 379.

  12. Homère, Iliade, XIII, 355.

  13. Cf. Virgile, Enéide, VI, 136 ss. Dans les commentaires de Servius, une note en marge, sur le vers 137, dit : "Certains donnent une interprétation en accord avec les Mystères : le rameau signifierait la science, et l'or, la clarté de la sagesse. C'est ainsi qu'on pénètre aux enfers, c'est-à-dire qu'on scrute les secrets de la science." Pour être vrai Romain, il faut donc faire comme Enée.

  14. Ou : "il trouva là une petite pierre et se reposa". Le discours VII contient la description mythologique de l'extraordinaire expérience initiatique de Julien.

  15. Nous ne savons pas à quels passages Julien pense. "Eau d'argent", en grec "hydrargyre", est un terme désignant le mercure, ou vif-argent.

  16. Julien donne à cette dernière recommandation l'explication suivante : il faut mépriser les vaines opinions et dépister la vérité.

  17. Vieille expression, pour dire : "Je me tais."

  18. C'est-à-dire la discipline du silence et du secret.

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