Please reload

Recent Posts

Breaking News: 3000-year Tomb Contains Intact Coffins discovered in Luxor

1/3
Please reload

Featured Posts

L'EMPEREUR JULIEN

- 3° partie -

 

Le 26 juin de l'an 363 peut être considéré comme une date clef dans l'histoire de l'Empire romain. Ce jour-là, l'Empereur Julien, lors d'une escarmouche entre Romains et Perses, fut mortellement blessé par un javelot. L'événement se révéla très vite lourd de répercussions.

 

CONSÉQUENCES DE LA DISPARITION DE JULIEN

 

Rappelons quelques faits. Au IVe siècle, l'Empire était menacé à la fois en Orient, où les Perses assiégeaient régulièrement des villes frontalières, et en Occident, où les Germains avaient déjà profondément envahi et ravagé la Gaule. Créé César par l'Empereur Constance, Julien ramènera entièrement la paix et la prospérité en Gaule. Après être lui-même monté sur le trône impérial, il entamera une véritable guerre de prestige contre l'Empire perse. Plusieurs motifs l'y poussèrent : la sécurité menacée de l'Empire romain ; le souhait de réduire les impôts de ses sujets ; le gain d'une popularité indispensable à la réussite de sa politique réactionnaire, visant le rétablissement du paganisme, chose qui lui valait un grand nombre d'ennemis du côté chrétien. Si l'on en croit Libanius et Zosime, la guerre était un véritable triomphe pour les légions romaines, et il est vrai qu'Ammien Marcellin, soldat dans l'armée de Julien, décrit une série presque ininterrompue de sièges réussis. C'est cependant lors d'une marche de retraite, au moment où l'arrière-garde repouse une attaque perse, que Julien, s'exposant sans doute trop au péril, est fatalement atteint.

Presque aussitôt, les Romains, soldats et citoyens, mesurent les implications catastrophiques du décès de leur chef. D'abord, l'armée se voit imposer par les Perses une paix ressentie comme extrêmement honteuse : pour la première fois dans leur histoire, les Romains sont obligés par traité de céder du terrain à leurs adversaires. Ensuite, la nouvelle du décès de Julien est comme une invitation à l'adresse des barbares pour enfin recommencer leurs incursions. Cette fois, rien ni personne ne les arrêtera plus : Rome même sera prise par Alaric en 410, un demi-siècle après le décès du jeune Julien. Enfin, la conséquence la plus significative est peut-être la victoire, définitive et sans appel, du Christianisme sur le paganisme. De toutes ces conséquences, les contemporains de Julien sont très conscients.

 

 

CUI PRODEST ?

 

L'enjeu de la campagne perse, les implications de la politique julienne et les conséquences immédiates de la disparition de l'Empereur pouvaient faire surgir, presque de façon naturelle, la question que l'on se pose encore aujourd'hui : Julien est-il mort "accidentellement" ? L'enquête policière à ce sujet, réclamée par Libanius, n'a probablement jamais eu lieu. Or, les auteurs anciens nous fournissent des indices qui auraient pu la justifier. En effet, païens et Chrétiens laissent entendre que Julien a été délibérément assassiné par ces derniers.

Disons-le tout de suite : parmi les Modernes, la thèse de l'assassinat a connu peut-être autant de partisans que d'adversaires, et nous ne devons pas espérer résoudre l'énigme aujourd'hui. Cependant, certains indices et arguments méritent d'être soulignés, car ils mettront en évidence une certaine politique chrétienne.

Ammien Marcellin, le plus modéré dans le débat, se contente d'abord de dire que le javelot fatal est venu "incertum unde : on ne sait trop d'où" (XXV, 3, 6). Cette incertitude n'est pas entièrement innocente. Une des causes en est relatée un peu plus loin :

"A cette vue, les ennemis nous agressent depuis les hauteurs avec toutes sortes d'armes de jet ainsi qu'avec des injures : ils nous traitent de perfides, et d'assassins d'un Empereur hors pair. Car ils avaient eux aussi appris par la bouche de transfuges la rumeur incertaine qui s'était répandue, selon laquelle Julien aurait été tué par une arme romaine." (XXV, 6, 6)

Venons-en à Libanius, l'ami de Julien. On a souvent pris son dépit, sa déception profonde comme la raison qui expliquerait ses accusations gratuites à l'adresse d'un assassin imaginaire. Mais Libanius n'était pas un homme léger, et ses imputations ne nous semblent pas lancées à la légère (1).

Dans son discours funéraire (Discours XVIII), Libanius avertit son auditoire : certaines rumeurs sont fausses (§ 204) ; et : "Il me faut parler et faire cesser un bruit infondé à propos de sa mort" (§ 267). Plus loin, la question est abordée de front :

"Qui donc l'a tué ? Voilà ce qu'on aimerait apprendre. Son nom, je l'ignore, mais l'assassin n'est pas un ennemi : cela est clairement indiqué par le fait qu'aucun ennemi n'a été récompensé pour ce coup. Pourtant, le Roi perse invitait l'assassin par des hérauts à venir chercher sa récompense, et celui qui se serait présenté en aurait reçu d'importantes. Mais personne ne s'en est attribué la gloire, même pas par désir des récompenses. Aussi pouvons-nous être très reconnaissants à l'ennemi de ne pas s'être approprié la réputation d'actes qu'il n'a pas commis, mais de nous avoir permis de chercher l'assassin dans nos propres rangs. Car ceux pour qui de son vivant, Julien ne s'était pas révélé profitable - et ce sont ceux qui ne vivent pas en accord avec les lois -, conspiraient contre lui depuis longtemps ; la chose étant devenu possible à ce moment-là, ils sont passés à l'acte. Leur injustice les y poussait, elle qui n'avait pas d'exécutoire sous son règne ; mais leur principal motif, c'était qu'il honorait les dieux et qu'ils poursuivaient, eux, le but contraire." (§§ 274-275)

Les attentats précédents manqués sont en effet su